POUR QUI ECRIT-ON ?

A première vue, cela ne fait pas de doute : on écrit pour le lecteur universel ( … ) . Mais les descriptions qui précèdent sont idéales. En fait l’écrivain sait qu’il parle pour des libertés enlisées, masquées, indisponible; et sa liberté même n’est pas si pure, il faut qu’il la nettoie; il écrit aussi pour la nettoyer. Il est dangereusement facile de parler trop vite des valeurs éternelles : les valeurs éternelles sont fort décharnées. La liberté même, si on la considère sub specie oeternitatis, paraît un rameau desséché : car elle est comme la mer, toujours recommencée, elle n’est rien d’autre que le mouvement par quoi perpétuellement on s’arrache et se libère. Il n’y a pas de liberté donnée, il faut se conquérir sur les passions, sur la race, sur la classe, sur la nation et conquérir avec soi les autres hommes.

Extrait d’un essai de J.P. Sartre sur le sens de la Littérature …

By RL

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